Œuvres sur l’héritage, la biculturalité,
la réappropriation, l’identité / les identités.
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Biographie

Le point de départ de ma réflexion s’articule autour des représentations que nous avons de l’Orient en Occident, et plus particulièrement du monde persan et musulman. Étant issue d’une famille afghane du côté de mon père, je fais donc partie de la première génération à être née et à vivre en France après que mon père ait fui Kaboul, et donc la guerre. Ma mère est française et ma famille du côté maternelle l’est depuis de nombreuses générations. J’ai donc eu une éducation basée sur deux référentiels, deux logiciels de fonctionnement.
Je travaille sur la dualité existant entre mes origines afghanes et ma nationalité française au travers de différents médiums tels que la photographie, l’installation, la vidéo plus rarement. N’ayant vécu qu’en France, je m’interroge sur mes racines en utilisant des objets et des symboles de la culture afghane et plus largement de la culture musulmane afin de renvoyer le spectateur à certaines idées reçues ou clichés occidentaux.
J’exploite les clichés entourant ma culture tout en essayant de garder un regard critique sur ce que je dénonce, ce que je souligne, et ce que je laisse paraître. Mes origines afghanes sont une force pour moi, bien que je ne connaisse que très peu cette culture, au point de parfois presque l’oublier.
L’art de Laïli
Munie d’un pistolet à colle et de bâtons de colle thermofusible pour mes travaux, j’aime m’écarter de l’usage commun de ces objets. Tantôt une dentelle, tantôt une substance gluante ou semblable à de la résine, je joue de la fragilité trompeuse de la colle.
Tromper. Cela soulève des questions sur des problématiques de l’ordre de l’individuel (mental et corporel) et du collectif (culturel). Mon but en dévoilant l’intime est de déconstruire les représentations du quotidien qui créent des inégalités. Je brise les tabous en jouant sur les normes, mes tampons en bouquet ridiculisent les idées reçues sur les menstruations. Un objet intime devient un hommage aux femmes invisibilisées.
Plus récemment, dans une volonté de désacraliser l’art et de critiquer la société de consommation dans laquelle nous produisons, achetons et utilisons des objets (souvent inutiles) en masse, j’ai réalisé des projets dans lesquels émergent les notions de récupération, d’accumulation, de jetable, de recyclable, et de transformation. En traitant les objets du quotidien comme une matière première, je pratique une forme d’alchimie conceptuelle : en manipulant physiquement ces objets, leurs significations se transmutent. Chaque pièce est une réponse directe à la matière, une transformation des significations qui lui sont associées et une référence au cycle de vie des objets à travers le temps.

Mes projets sont généralement d’assez grande envergure ; je suis très attachée aux notions d’accumulation, de répétition et de séries. Le geste long et répétitif de pression sur la gâchette de mon pistolet à colle inscrit ma pratique dans la durée.

Création contemporaine,
représentations, héritage, biculturalité, transmission, réappropriation, identité(s)
Les Projets

Le voile
Voile intégral en colle, 2017, 1,65m
À la fois poétique et politique, érotique et protecteur, ce voile est mon appropriation du lieu de désir qu’est le corps des femmes. Mélangeant voile sacré, voile identitaire ou allégorique, de soumission ou d’affirmation, mon travail a pour but d’éveiller une réflexion autour de l’imaginaire religieux et des stigmates qu’on lui inflige. Je proclame également la continuité d’une identité historique, d’autant plus affirmée que les ruptures ont été nombreuses. Cet autoportrait et ce voile sont très importants pour moi car ils me permettent de mettre en image mon héritage culturel et religieux : ce voile est mon manifeste.
Identités
Série
Photographies et objets divers, 2017 – en cours
Bien qu’il advienne à chacun de construire sa propre histoire, les traces du passé ressurgissent fréquemment dans mon travail. Dans ces compositions je superpose de multiples objets et photographies pour créer l’inédit, le personnel, de nouvelles formes, presque de l’ordre de l’autobiographie. Je mets ici en parallèle le culte de l’image occidental avec l’interdiction de représentations figurées dans les arts de l’Islam. Ces mélanges questionnent l’héritage culturel, les souvenirs, la mémoire ainsi que la diversité des formes que ceux-ci peuvent prendre.














Transferts
Série
Mélange de colle avec photographies sur papier glacé, 2017 – en cours
Ce projet est ma première série de réalisations mêlant photographies et ma pratique de la colle. Ces images décomposées et réinventées au fil de la colle sont aussi représentatives de ma recherche identitaire : se déconstruire permet parfois de mieux se retrouver.
Tampons tabous
Tampons avec applicateurs emprisonnés dans de la colle et liés en bouquets, 2017
Les règles sont synonymes de précarité économique pour beaucoup de personnes menstruées aujourd’hui. Nous ne devons plus êtres vues comme complexé.e.s, ignorant.e.s de notre propre nature et silencié.e.s. Nous payons le prix de l’oppression, le prix de la misogynie, le prix des inégalités. Mais pour entamer une déstigmatisation des menstruations, il faut aussi que le regard masculin change. J’invite alors le spectateur à rentrer cette intimité pour lever le voile sur les nombreux tabous autour des règles.




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